Aux marges cévenols de la Lozère, perché sur le contrefort de la Coste, se trouve un croisement invisible où l’eau hésite entre Atlantique et Méditerranée, un lieu unique où les gouttes de pluie choisissent le Rhône, la Garonne ou la Loire. Partons ensemble à la découverte du tripoint hydrographique de Laubert, ce point secret où la géographie devient poésie, où chaque pas vous fait tutoyer trois chemins de voyages possibles.

Fleuve, riviere, vallee, lac

Une goutte d’eau sur le toit de France

L’espace d’un instant, laissons-nous emporter pour un étonnant voyage où science, paysage et imaginaire s’unissent pour révéler la magie des frontières naturelles.
Sur le Causse de Laubert, se situe le point de rencontre des trois lignes de partage des eaux * entre les bassins de la Garonne, de la Loire et du Rhône, vers la Méditerranée ou l’Océan Atlantique. Ici entre Laubert et Montbel, sur ce plateau calcaire isolé de Lozère, à quelques pas du col de la Pierre Plantée, une partie des eaux s’infiltre dans des crozes * pour alimenter les gourgues *, des gouffres et autres filets d’eau : ruisseaux d’Aganit, de Veyrines, de Montifoulet, autant d’hydronymes qui démarrent de toutes parts et choisissent un versant.

La différence de pente est frappante entre les différents cours d’eau. Vers le sud et le nord ouest, le tandem qui se dirige paisiblement vers l’océan Atlantique de ruisseau en rivière, l’un par le Lot, deuxième rivière la plus longue de France avec ses 485 kilomètres jusqu’à la Garonne, l’autre par l’Allier et ses 420 kilomètres jusqu’à la Loire, avec une pause artificielle dans le lac de Naussac.

Vers le sud est, c’est une course plus abrupte vers la Méditerranée, par les rivières du Chassezac et de l’Ardèche, qui rejoignent le fleuve Rhône en à peine un peu plus de 200 kilomètres cumulés.

Ce point triple * de partage des eaux est le plus haut de l’hexagone à 1241 mètres d’altitude, confortant son caractère unique et ausi son surnom de toit de France : source des bassins versants du plus grand fleuve de France, la Loire, du plus puissant, le Rhône et du plus vaste estuaire d’Europe, la Garonne.

Le mystère des tripoints hydrographiques

A quoi ressemble un tripoint hydrographique * ?

S’il s’agissait d’un lieu célèbre ou d’une ville touristique, il serait sans doute pris d’assaut par les visiteurs curieux. Mais la magie de ces points réside dans leur discrétion tout en imagination, leur humilité d’humidité. Ce sont des lieux que l’on ne remarque pas toujours, nichés au cœur des reliefs, là où la nature trace ses lignes de partage des eaux invisibles mais tangibles. Pour la France, ils ne sont que cinq sur les lignes de partage des eaux.

En géographie, un tripoint hydrographique est un point où se rejoignent les limites de trois bassins versants distincts. En termes simples, c’est le seuil où une goutte de pluie peut choisir trois chemins différents pour rejoindre une mer ou un océan.

Imaginez l’eau comme une voyageuse silencieuse, à la croisée de plusieurs routes invisibles sculptées par la topographie et la gravité naturelle. C’est là toute la beauté de ces lieux : ils matérialisent un principe fondamental en hydrologie et en géographie physique, sans aucune exubérance.

Un tripoint est donc à la fois simple et complexe, humble et majestueux. Tel un croisement secret, il est chargé d’une potentialité unique, celui d’envoyer chaque goutte d’eau vers un destin différent, selon la pente et le relief, la douce inclinaison du sol sous vos pieds, variante d’un voyage au centimètre près.

Champ de blé et champ de pousses avec vue sur l'horizon du parc naturel des monts d'Ardèche
Causse Laubert et plateau de Montbel

Le tripoint de Laubert, une triple naissance des eaux

Au cœur du Massif Central, dans le département de la Lozère, non loin du doux sommet de la Coste qui pointe à 1 284 mètres d’altitude, se trouve cet extraordinaire tripoint hydrographique. Ici, trois bassins versants se croisent, modèles uniques de grands fleuves de France, en un point unique presque magique.

Ces trois bassins correspondent aux fleuves suivants :

  • La Loire
    Plus long fleuve de France, avec 1 066 kilomètres, elle s’écoule vers le nord-ouest par l’Allier depuis ce point, pour rejoindre l’océan Atlantique.
  • La Garonne
    Elle coule vers le sud-ouest et commence ici vers le Lot, traversant Toulouse et Bordeaux, avant de se jeter dans l’Atlantique par l’immense estuaire de la Gironde.
  • Le Rhône
    Puissant et légendaire, il parcourt la partie orientale du territoire, nourrit par l’affluence de l’Ardèche abreuvée ici par le Chassezac, avant de plonger dans la Méditerranée.

Autour du col de la Pierre Plantée, chaque pluie, chaque ruissellement trace son propre chemin vers ces grands fleuves. Une goutte tombant au tripoint peut donc, au gré du hasard, se retrouver baignée dans des eaux différentes, et partir à la rencontre de paysages, climats et humanités distincts aux trois points cardinaux de France.

Un point d’eau invisible et fascinant

Le tripoint de Laubert n’est pas seulement un point géographique, c’est un symbole, un lieu fascinant parce qu’il joue avec nos perceptions du territoire et de la nature.

D’abord, il est extrêmement rare, avec moins d’une dizaine en Europe * : les tripoints hydrographiques sont peu fréquents, car les bassins versants ont souvent des limites plus simples, avec un partage à deux. Ce point, où précisément trois grands bassins se rencontrent, est une pure curiosité géographique qui donne à ce lieu une valeur scientifique, symbolique et même philosophique pour qui s’arrête un instant.

Pour les voyageurs, ce sommet est un lieu de quête, malgré sa situation en bord de la route nationale N88, le point de vue est splendide, abstraction faite de la circulation depuis Mende vers le Puy-en-Velay et Aubenas, variable selon les saisons. On vient ici pour y chercher un moment suspendu, un paysage magnifique entre agriculture et sauvage, mais surtout cette sensation rare d’être à la croisée de trois mondes invisibles pour que l’on s’éloigne de quelques pas sur les chemins mitoyens. Des champs de blés, d’autres labourés ou en friches, un sous-bois, une ancienne grange aux toits de lauze abandonnée, une borne de pierre sculptée à trois faces portant le nom des fleuves, un panneau d’information sommaire, usé par le vent et le temps.

Une grande en pierres et toit de lauze sur le plateau de Montbel en Lozère
La grange abandonnée au pied du tripoint de Laubert

Géographie vivante et puissance des bassins versants

Mais qu’est-ce qu’un bassin versant, au juste ?

C’est une vaste zone de territoires dont les eaux de surface s’écoulent vers un même cours d’eau. Imaginez une immense arène où tous les ruisseaux, torrents, ruissellements se rejoignent lentement pour former une rivière, elle-même plongeant vers un fleuve. Le point culminant de ce bassin marque la ligne de partage des eaux * : au-delà, l’eau prendra un autre chemin.

Autour du col de la Pierre Plantée sur le plateau de Montbel, la ligne de partage prend une forme complexe : trois bassins différents s’entremêlent, donnant naissance à ce tripoint exceptionnel. Si l’on se tient sur ce point précis, en posant le regard entre ciel et sol, on peut imaginer être à cheval sur trois chemins liquides, chaque goutte décidant de son voyage au gré des pentes.

Cette réalité physique reflète une symbolique forte : nul territoire n’est parfaitement autonome, l’interaction est permanente. L’eau, qui doit circuler pour vivre, interconnecte les régions naturelles, comme un grand réseau invisible, sans aucune considération pour les frontières et autres découpages administratifs.

Ces bassins versants sont aussi des outils essentiels pour la gestion de l’eau et de l’environnement, un indispensable repère invisible qui façonne les paysages et nous instruit des équilibres fondamentaux.

Cartographie et photos du tripoint de Laubert

Comment découvrir l’invisible pour mieux l’imaginer et l’apercevoir dans le paysage ? En toponymies, en cartes et en photos, voici le tripoint de Laubert sous toutes ses coutures, contours et appellations.

Pour la localisation toponymique, le tripoint est sur le Causse de Laubert, au sud du lieu-dit de la Pierre Plantée, éponyme du col, avec La Mougayère au nord-ouest comme point haut le plus proche, à 1 274 mètre d’altitude.

Une carte topographique au 1/25 000 permet de lire précisément les lieux-dits, ruisseaux et les détails des courbes de niveaux qui entourent le point :

Carte topographique IGN, Géoportail

Pour une localisation plus précise, voici une carte avec la stèle géographique, la table de pique-nique et la maison abandonnée :

Carte OpenStreetMap, fond cyclOSM

En vue aérienne, la stèle du tripoint est identifiable, sur le chemin transversale à la route nationale, entre les véhicules garées et le toit de la maison :

Vue aérienne du tripoint Rhône, Garonne, Loire
Capture écran / photographies aériennes IGN

A partir de la carte physique de la Lozère, avec les calques des eaux (surface et linéaire), des ruisseaux et rivières, et du relief, l’identification des 3 bassins versants et encore plus visuel : vers la Loire au nord-ouest, vers le Rhône au sud-est, vers la Garonne au sud-ouest :

Carte hydrographique autour du col de la Pierre Plantée
Capture écran / Carte de la Lozère physique, Département

Côté photos, la stèle géographique est des plus sobres, avec un pied et trois face en granit, avec la direction des trois fleuves, la Loire, la Garonne et le Rhône, sur fond de champ, de grange en toit de lauze à l’abandon et de route nationale 88 :

Stèle du tripoint, côté Loire
Photo Voyage en Douce, 2025
Stèle du tripoint, côté Garonne
Photo Voyage en Douce, 2025
Stèle du tripoint, côté Rhône
Photo VPE, 2012

A la découverte du triple voyage de l’eau

Le col de la Pierre Plantée et le tripoint hydrographique de Laubert se découvrent à travers plusieurs thématiques transversales : nature, patrimoine et loisirs de plein air.

Nature

Pléthore de ruisseaux au nom chantant autour de ce trop point triple de Laubert : d’Aganit, de Malaval, de Loubière, de Palingras, des Rousses, du ravin de Veyrines… Autant de micro-écosystèmes à découvrir au fil des sentiers et chemins noirs qui sillonnent le territoire, autant de filet d’eau qui alimentent l’un des fleuves grandioses.

A proximité aussi, la zone natura 2000 du plateau de Charpal * avec au centre, le lac à la vocation initialement militaire, alimenté par moultes petits ruisseaux : Combe des Ânes, Foulon del Rougio, le Bouisset, la Colagne, Rechauvet, Valat de l’Ermitanie, de Cros, de Grosse… comme une litanie liquide d’hydronomie, avec en point d’orgue le lac de Charpal.

  • Le lac de Charpal en échappée lozérienne

Patrimoine

Autour du tripoint, de la Pierre Plantée et de sa croix, le petit patrimoine religieux est très présent, avec l’oratoire Notre-Dame-des-Sources, à proximité du ruisseau d’Aganit, la croix de la Prade et non loin un dolmen attestant de rites funéraires au 3e millénaire avant notre ère *. L’église et le prieuré Saint-Pierre-d’Allenc et son chevet datant du 11e siècle est complétée par celle de Laubert dans un style néo-roman, datant du 19e siècle où la commune est détachée d’Allenc.

Autre élément patrimonial à proximité, la Translozérienne * qui passe par la gare d’Allenc. Cette ligne de chemin de fer mise en service entre 1884 et 1902 arrive à Allenc, non loin du tripoint de Laubert, à une altitude de 1 050 mètres, et permet des correspondances vers Langogne ou Mende, en train ou en bus du réseau régional des transports d’Occitanie, liO.

Enfin, la nature, avec une flore et une faune d’exception, fait partie intégrante du patrimoine de cet espace.

Loisirs de plein air

Randonnée, VTT, vélo de route, raquette et ski de fond lors des hivers de neige, pêche au lac de Charpal, voile au lac de Naussac : les amateurs de sports et loisirs de plein air trouvent sur ce territoire de quoi ravir leurs passions.

L’observation d’une faune et d’une flore caractéristique de ce site, avec plus d’une quinzaine de plantes rares ou protégées, une avifaune diversifiée (caille des blés, perdrix rouge et grise par exemple) ou la présence de la loutre d’Europe, font aussi de ce territoire un lieu unique.

Quelques conseils simples et pratiques pour vivre pleinement cette expérience à proximité du tripoint de Laubert :

  • Consultez la météo avant et pendant
    le vent peut souffler fort sur le Causse, le temps change vite en toute saisons et les saisons d’hiver sont rudes et brumeuses.
  • Prévoir votre ravitaillement
    Apportez de l’eau et éventuellement un pique-nique pour profiter du panorama, les lieux de restauration ou épicerie sont rares à proximité.
  • Emportez une carte avec vous, numérique ou papier, elle vous guide et vous invite à la lecture géographique. (carte IGN 2738SB, Le Bleymard )
  • Prenez le temps de dénicher et d’observer les petits cours d’eau et ruisseaux, c’est là où le voyage commence.
  • Pensez à respecter la nature, en ne laissant aucun déchet lors de votre passage et suivant les sentiers et chemins : la flore est sensible sur ce territoire au climat rude et la faune à ne pas déranger dans son environnement.
Un papillon butine une fleur de chardon sur le Causse de Lambert près du tripoint hydrographique
Butinage sur les fleurs du Causse

Comment aller au col de la Pierre Plantée ?

Voiture, train, bus, VTT ou randonnée, tous les chemins mènent au col de la Pierre Plantée.

En voiture

En venant de Mende au sud-ouest, au fil de la montée vers le lieu, la nature se change avec le Causse : forêts de pins à crochets, pâturages, céréales qui colorent les pleins champs, rochers poli par le vent et le temps. Arrivé au col de la Pierre Plantée, on domine des panoramas étendus, avec à l’horizon les reliefs du Massif Central.

Depuis le Puy-en-Velay au nord, il vous faut passer par la chaîne du Devès et les plateaux de Cayres, Loudes, Landos jusqu’au col de Rayol, descendre et traverser Langogne et vous éloigner du lac de Naussac, pour remonter en douceur vers le col.

Enfin, venant d’Aubenas, après avoir remonté la haute-vallée d’Ardèche jusqu’au col de la Chavade par la route nationale N102, le chemin le plus bucolique vous fait suivre la département D108 et vallée de l’Espézonnette, un ruisseau affluent de l’Allier, jusqu’à rejoindre la N88 vers Langogne.

En train

Sur la ligne entre Mende et La Bastide, c’est la gare d’Allenc qui est la plus proche du tripoint hydrographique. Compter une heure de marche pour vous y rendre (autour de 6 kilomètres selon le chemin) et une quinzaine de minutes à vélo.

Deux fiches horaires à consulter, la ligne 30 de Mende à Montpellier et la ligne 31 de La Bastide à Mende :

Lien web

En bus

Par la route et en bus, vous pouvez vous rendre au plus près jusqu’au village de Laubert, à l’arrêt Gourgons N88 avec la ligne 282 qui circule entre Mende en Lozère et le Puy-en-Velay en Haute-Loire :

Lien web

Depuis l’Ardèche, c’est la ligne E17 qui vous mène jusqu’à Langogne, pour une correspondance en bus vers Laubert ou en train vers Allenc :

Lien web

A pied, à vélo

A pied, c’est le sentier de grande randonnée GR7, de La Bastide-Puylaurent en Lozère à l’Espérou dans le Gard et passant par Belvezet qui est le plus proche.

A VTT, La grande traversée du Massif Central (GTMC) vous mène directement sur le site : depuis le tronçon de la baraque des Bouviers à Bagnols-les-Bains ou la liaison Liaison de Langogne à Laubert

A vélo, entre le Mont Lozère et la montagne du goulet, la boucle du Causse de Montbel vous conduit au plus près ave ce joli circuit

Col de la Pierre Plantée et grande lozérienne du tripoint hydrographique Loire, Rhône, Garonne
Col de la Pierre Plantée sur la route N88 / Photo UTK42

Où dormir ?

Allenc, à proximité de la gare SNCF, Chateauneuf-de-Randon, Saint-Frézal-d’Albuges, Mende ou Langogne avant une correspondance en bus ou en train : les offres d’hébergement sont multiples, à vous d’organiser votre séjour selon votre voyage :

Lien web

Rendez-vous au tripoint de Laubert

Au col de la Pierre Plantée, près d’Allenc et de Laubert, chaque goutte d’eau est une promesse. Une promesse d’aventure, de voyage, de rencontre avec des mondes lointains reliés par un simple mouvement naturel. Un voyage qui débute dans le silence d’un Causse et finit par la force d’un fleuve.

Ce tripoint hydrographique est une invitation à reconsidérer notre regard sur le paysage. Ce n’est pas seulement une ligne sur une carte ou une altitude sur une courbe, c’est une porte ouverte à la compréhension de notre planète, à l’émerveillement devant ses mystères.

Plus largement, ces points rares sont des joyaux du patrimoine naturel français et européen. Ils nous racontent la complexité, la fragilité et la beauté de la Terre. Ils rappellent que l’eau, source de vie, est aussi un lien universel.

Alors, la prochaine fois que la pluie vous caressera, pensez à cette goutte tombée juste à côté de la Pierre Plantée à Laubert.
Où choisira-t-elle de voyager ? Vers quel chemin liquide s’en ira-t-elle ?
La réponse appartient à l’eau, inquiète et libre, maîtresse des carrefours invisibles.

La météo à Laubert

Et pour votre voyage sur place ou de loin, voici les prévisions météorologiques pour la communes de Laubert (48170) :

Voyage+

  • Ligne de partage des eaux
    Pour rappel, la ligne de partage des eaux est une limite géographique qui divise un territoire en un ou plusieurs bassins versants. De chaque côté de cette ligne, les eaux s’écoulent dans des directions différentes, vers une rivière, un fleuve, une mer ou un océan différent.
  • Tripoint hydrographique du monde, Wikipédia
  • Crozes ? « Creux. Qui présente une cavité, un trou intérieur« . Wiktionnaire
  • Gourgue ? « Gouffre où l’eau demeure lorsque le ruisseau est à sec par ailleurs à la saison chaude. » Paul Fabre, Persée
  • Le point triple est aussi en chimie une phase où coexiste trois états, liquide, solide et gaz, Wikipédia
  • Le site du Plateau de Charpal, Natura 2000 et DOCOB Charpal.
  • Histoire du village d’Allenc
  • La Translozérienne, du Monastier à la Bastide-Saint-Laurent-les-Bains, Wikipédia
  • Liste et carte des communes de Lozère